
Mis à jour (Samedi, 04 Septembre 2010 09:57) Écrit par Fany Samedi, 04 Septembre 2010 09:53
Trouvée sur le Net L'enfant précoce Une lampe naquit sous la mer Un oiseau chanta Alors dans un village reculé Une petite fille se mit à écrire Pour elle seule Le plus beau poème Elle n'avait pas appris l'orthographe Elle dessinait dans le sable Des locomotives Et des wagons pleins de soleil Elle affrontait les arbres gauchement Avec des majuscules enlacées et des cœurs Elle ne disait rien de l'amour Pour ne pas mentir Et quand le soir descendait en elle Par ses joues Elle appelait son chien doucement Et disait « Et maintenant cherche ta vie ». René Guy Cadou
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Vendredi, 03 Septembre 2010 05:43

Septembre
À la fin de septembre les étoiles refroidissent
et il y a dans le pré une odeur de pommes trop mûres
J'aimerais que la mer qui voyage sans cesse
m'écrive une lettre de sel très blanc avec juste une ombre de mélancolie
où elle me parlerait de pays très lointains et de rivages verts
une lettre pour l'automne Nous la lirions sous la lampe
parce que les journées raccourcissent au moment des vendanges
et que l'océan est loin malgré le vent qui nous en parle
J'ai monté des bûches et le petit bois pour allumer du feu
et je regarderai la flamme danser sur tes pommettes
Le Haut Bout
Jeudi de l'Ascencion
12 mai 1983
Claude Roy
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mardi, 31 Août 2010 17:51

L'Odeur de mon pays...
L'odeur de mon pays était dans une
Je l'ai mordue avec les yeux fermés du somme,
Pour me croire debout dans un vert.
L'herbe haute sentait le et la
,
L'ombre des y allongeaient des raies,
Et j'entendais le bruit des, plein les haies,
Se mêler au retour des de midi...
Combien de fois, ainsi, l'automne et
Me vit-elle, au milieu du soleil et, debout,
Manger, les fermés, la
rebondie
De tes , copieuse et forte
?...
Ah! je ne guérirai jamais de mon pays!
N'est-il pas la douceur des feuillages cueillis
Dans la fraîcheur, la paix et toute l'innocence?
Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?...

Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?...
Lucie DELARUE-MARDRUS, Ferveur (1902)
Mis à jour (Lundi, 16 Août 2010 18:56) Écrit par Fany Lundi, 16 Août 2010 18:03

Les Femmes et le Secret
Rien ne pèse tant qu'un secret
Le porter loin est difficile aux Dames :
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d'hommes qui sont femmes.
Pour éprouver la sienne un mari s'écria
La nuit étant près d'elle : O dieux ! qu'est-ce cela ?
Je n'en puis plus ; on me déchire ;
Quoi j'accouche d'un oeuf ! - D'un oeuf ? - Oui, le voilà
Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire :
On m'appellerait poule. Enfin n'en parlez pas.
La femme neuve sur ce cas,
Ainsi que sur mainte autre affaire,
Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire.
Mais ce serment s'évanouit
Avec les ombres de la nuit.
L'épouse indiscrète et peu fine,
Sort du lit quand le jour fut à peine levé :
Et de courir chez sa voisine.
Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé :
N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre.
Mon mari vient de pondre un oeuf gros comme quatre.
Au nom de Dieu gardez-vous bien
D'aller publier ce mystère.
- Vous moquez-vous ? dit l'autre : Ah ! vous ne savez guère
Quelle je suis. Allez, ne craignez rien.
La femme du pondeur s'en retourne chez elle.
L'autre grille déjà de conter la nouvelle :
Elle va la répandre en plus de dix endroits.
Au lieu d'un oeuf elle en dit trois.
Ce n'est pas encore tout, car une autre commère
En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait,
Précaution peu nécessaire,
Car ce n'était plus un secret.
Comme le nombre d'œufs, grâce à la renommée,
De bouche en bouche allait croissant,
Avant la fin de la journée
Ils se montaient à plus d'un cent.
Jean de La Fontaine









Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Lundi, 16 Août 2010 08:57

Tu t’éloignes, cher être, et mon cœur assidu
Surveille ta présence, au lointain scintillante ;…
Je n’ai besoin de rien, puisque je t’ai perdu.
Comtesse de Noailles
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Lundi, 26 Juillet 2010 15:28

Green
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
Et qu'à vos yeux l'humble présent soit doux.
J'arrive tout couvert encore de rosée
Que le vent du matin vient glacer à mon front.
Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
Rêve des chers instants qui la délasseront.
Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
Toute sonore encor de vos derniers baisers;
Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,
Et que je dorme un peu puisque vous reposez.
Paul Verlaine


Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Vendredi, 23 Juillet 2010 16:09

Je me disais aussi – La vie promise-
Je me disais aussi : vivre est autre chose
que cet oubli du temps qui passe et des ravages
de l’amour, et de l’usure – ce que nous faisons
du matin à la nuit : fendre la mer,
fendre le ciel, la terre, tout à tour oiseau,
poisson, taupe, enfin : jouant à brasser l’air,
l’eau, les fruits, la poussière ; agissant comme,
brûlant pour, marchant vers, récoltant
quoi ? le ver dans la pomme, le vent dans les blés
puisque tout retombe toujours, puisque tout recommence et rien n’est jamais pareil
à ce qui fut, ni pire ni meilleur,
qui ne cesse de répéter : vivre est autre chose.
Guy Goffette
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Vendredi, 09 Juillet 2010 15:40

J'ai tant rêvé de toi
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.
Robert Desnos, "Corps et biens".
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Jeudi, 08 Juillet 2010 15:24

Au bord de l'eau
S'asseoir tous deux au bord d'un flot qui passe,
Le voir passer ;
Tous deux, s'il glisse un nuage en l'espace,
Le voir glisser ;
A l'horizon, s'il fume un toit de chaume,
Le voir fumer ;
Aux alentours, si quelque fleur embaume,
S'en embaumer ;
Si quelque fruit, où les abeilles goûtent,
Tente, y goûter ;
Si quelque oiseau, dans les bois qui l'écoutent,
Chante, écouter...
Entendre au pied du saule où l'eau murmure
L'eau murmurer ;
Ne pas sentir, tant que ce rêve dure,
Le temps durer ;
Mais n'apportant de passion profonde
Qu'à s'adorer ;
Sans nul souci des querelles du monde,
Les ignorer ;
Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse,
Sans se lasser,
Sentir l'amour, devant tout ce qui passe,
Ne point passer !
Sully Prudhomme


Un beau plongeon!
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Jeudi, 01 Juillet 2010 06:23
La saison des herbes
L'air est libre
Les chemins sentent l'orange
Le soleil s'allonge en robes de safran
C'est la saison du rire et des herbes
Ô mon amour aux cent patiences
Ce soir tout est une première fois.
Andrée Chedid

Mis à jour (Mercredi, 30 Juin 2010 10:32) Écrit par Fany Mercredi, 30 Juin 2010 07:30

Lumière
Ce n'est pas vrai que tout amour décline,
Ce n'est pas vrai qu'il nous donne au malheur,
Ce n'est pas vrai qu'il nous mène au regret,
Quand nous voyons à deux la rue vers l'avenir.
Ce n'est pas vrai que tout amour dérive,
Quand les forces qui montent ont besoin de nos forces.
Ce n'est pas vrai que tout amour pourrit,
Quand nous mettons à deux notre force à l'attaque.
Ce n'est pas vrai que tout amour s'effrite,
Quand le plus grand combat va donner la victoire.
Ce n'est pas vrai du tout,
Ce qu'on dit de l'amour,
Quand la même colère a pris les deux qui s'aiment,
Quand ils font de leurs jours avec les jours de tous
Un amour et sa joie.
Guillevic
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mardi, 29 Juin 2010 11:13

Henri Matisse- La joie de vivre-
Auxiliaire de vie
Je voudrais conjuguer encore le verbe être
à la première des personnes du présent,
lui murmurer du bout des lèvres qu'on peut être,
et avoir été, exceptionnellement.
Je voudrais conjuguer encore au temps qui passe
le même rêve dérisoire et important,
si les formes du verbe avoir un jour s'effacent,
le verbe être est invariable à tous les temps.
Je voudrais conjuguer encore le verbe être
à mes personnes familières du présent,
je suis, tu es, nous sommes, c'est ma raison d'être,
et d'avoir été, exceptionnellement.
Antoine Bial

Mis à jour (Vendredi, 25 Juin 2010 07:05) Écrit par Fany Vendredi, 25 Juin 2010 07:01
Vous m'avez dit, tel soir, des paroles si belles
Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
Soudain nous ont aimés et que l'une d'entre elles,
Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.
Vous me parliez des temps prochains où nos années,
Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ;
Comment éclaterait le glas des destinées,
Comment on s'aimerait, en se sentant vieillir.
Votre voix m'enlaçait comme une chère étreinte,
Et votre coeur brûlait si tranquillement beau
Qu'en ce moment, j'aurais pu voir s'ouvrir sans crainte
Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.
Émile Verhaeren (1855 - 1916)
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mercredi, 23 Juin 2010 07:42

Un enfant veut répondre
Un enfant veut répondre
Il a levé le doigt
Dans une vieille école
Qui n'existe plus.
La neige a fondu sous les bancs
Il fait chaud comme à l'écurie
Et l'instituteur
A souligné tous les verbes à la craie bleue.
L'enfant qui veut répondre
Fait claquer ses doigts
Tachés d'encre violette
Dans la vieille école
Qui n'existe plus.
Paul Vincensini
"Le point mort" - Editions Chambelland - 1969

Doisneau
Mis à jour (Dimanche, 20 Juin 2010 18:02) Écrit par Fany Dimanche, 20 Juin 2010 17:45

Il faut laver ce que tu dis ...
Il faut laver
Ce que tu dis
les galets blancs
Les planètes
Il faudrait laver
Le ciel et la pluie
Pour que l'amour
rutile sous l'averse
Il faut laver ton regard
Laver le jour à grande eau
Laver ton coeur
De tes larmes
Si tu veux lire enfin
Le monde en clair
dans la fenêtre.
Hélène Cadou
("La mémoire de l'eau" - éditions Rougerie, 1993)

Par une de mes fenêtres....
Mis à jour (Lundi, 14 Juin 2010 06:23) Écrit par Fany Lundi, 14 Juin 2010 06:16
Jacques Prévert
Dans ma maison
Dans ma maison vous viendrez
D’ailleurs ce n’est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n’y avait personne
Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
Je suis resté longtemps dans cette maison
Personne n’est venu
Mais tous les jours et tous les jours
Je vous ai attendue
Je ne faisais rien
C’est -à-dire rien de sérieux
Quelquefois le matin
Je poussais des cris d’animaux
Je gueulais comme un âne
De toutes mes forces
Et cela me faisait plaisir
Et puis je jouais avec mes pieds
C’est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a peu de musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Faut être bête comme l’homme l’est si souvent
Pour dire des choses aussi bêtes
Que bête comme ses pieds gai comme un pinson
Le pinson n’est pas gai
Il est seulement gai quand il est gai
Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste
Est-ce qu’on sait ce que c’est un pinson
D’ailleurs il ne s’appelle pas réellement comme ça
C’est l’homme qui a appelé cet oiseau comme ça
Pinson pinson pinson pinson
Comme c’est curieux les noms
Martin Hugo Victor de son prénom
Bonaparte Napoléon de son prénom
Pourquoi comme ça et pas comme ça
Un troupeau de bonapartes passe dans le désert
L’empereur s’appelle Dromadaire
Il a un cheval caisse et des tiroirs de course
Au loin galope un homme qui n’a que trois prénoms
Il s’appelle Tim-Tam-Tom et n’a pas de grand nom
Un peu plus loin encore il y a n’importe qui
Beaucoup plus loin encore il y a n’importe quoi
Et puis qu’est-ce que ça peut faire tout ça
Dans ma maison tu viendras
Je pense à autre chose mais je ne pense qu’à ça
Et quand tu seras entrée dans ma maison
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge
Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
Et puis tu te coucheras et je me coucherai près de toi
Voilà
Dans ma maison qui n’est pas ma maison tu viendras.

Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Lundi, 14 Juin 2010 05:56
Casteel Meulen domine la plaine de Flandre.
Ardeur des sens, ardeur des cœurs...
Ardeur des sens, ardeur des cœurs, ardeur des âmes,
Vains mots créés par ceux qui diminuent l'amour ;
Soleil, tu ne distingues pas d'entre tes flammes
Celles du soir, de l'aube ou du midi des jours.
Tu marches aveuglé par ta propre lumière,
Dans le torride azur, sous les grands cieux cintrés,
Ne sachant rien, sinon que ta force est plénière
Et que ton feu travaille aux mystères sacrés.
Car aimer, c'est agir et s'exalter sans trêve ;
O toi, dont la douceur baigne mon cœur altier,
A quoi bon soupeser l'or pur de notre rêve ?
Je t'aime tout entière, avec mon être entier.
Émile VERHAEREN
Recueil : Les heures d'après-midi

Paturage en Flandre
Mis à jour (Jeudi, 03 Juin 2010 18:24) Écrit par Fany Jeudi, 03 Juin 2010 18:18