Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mardi, 09 Mars 2010 08:23

Le cœur
Mon cœur tendu de lierre odorant et de treilles,
Vous êtes un jardin où les quatre saisons
Tenant du buis nouveau, des grappes de groseilles
Et des pommes de pin, dansent sur le gazon...
- Sous les poiriers noueux couverts de feuilles vives
Vous êtes le coteau qui regarde la mer,
Ivre d'ouïr chanter, quand le matin arrive,
La cigale collée au brin de menthe amer.
- Vous êtes un vallon escarpé ; la nature
Tapisse votre espace et votre profondeur
De mousse délicate et de fraîche verdure.
- Vous êtes dans votre humble et pastorale odeur
Le verger fleurissant et le gai pâturage
Où les joyeux troupeaux et les pigeons dolents
Broutent le chèvrefeuille ou lissent leur plumage.
- Et vous êtes aussi, cœur grave et violent,
La chaude, spacieuse et prudente demeure
Pleine de vins, de miel, de farine et de riz,
Ouverte au bon parfum des saisons et des heures,
Où la tendresse humaine habite et se nourrit...
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Samedi, 06 Mars 2010 16:50

http://lecrayondor.forumactif.com/dessin-f23/sanguine-nu-feminin-au-sol
Sanguine
La fermeture éclair a glissé sur tes reins
et tout l’orage heureux de ton corps amoureux
au beau milieu de l’ombre
a éclaté soudain
Et ta robe en tombant sur le parquet ciré
n’a pas fait plus de bruit
qu’une écorce d’orange tombant sur un tapis
Mais sous nos pieds
ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins
Sanguine
joli fruit
la pointe de ton sein
a tracé une nouvelle ligne de chance
dans le creux de ma main
Sanguine
joli fruit
Soleil de nuit.
(Jacques Prévert, Spectacle, 1951)
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mercredi, 24 Février 2010 09:48

Andrée Chedid (arabe: أندريه شديد) (née au Caire le 20 mars 1920) est une femme de lettres et poétesse française d'origine libanaise chrétienne. Elle est la mère du chanteur Louis Chedid et de Michèle Chedid-Koltz, peintre, et la grand-mère du chanteur Matthieu Chedid.
Elle fait ses études dans des écoles françaises, puis elle intègre l'Université américaine du Caire. Elle apprend l'anglais et perfectionne son français. Elle rêve d'être danseuse. Elle se marie avec un médecin à 22 ans. En 1942, elle part vivre au Liban avec son mari. C'est en 1946 qu'elle s'installe définitivement à Paris, où elle commence à publier ses recueils de poésie.
Son œuvre est un questionnement continuel sur la condition humaine et les liens entre l'Homme et le monde. Andrée Chedid, dans toute son œuvre, célèbre la vie tant aimée, tout en ayant une vive conscience de sa précarité. Elle encourage chaque homme à accepter l'altérité. Son style, très travaillé se caractérise par sa fluidité. Elle évoque l'Orient avec une grande sensualité pour mettre en avant ses parfums. Elle s'attache aussi à décrier la guerre au Liban.
Le Printemps des poètes 2009 voit le lancement du premier concours Andrée Chedid de poèmes chantés, qui a été reconduit pour la deuxième année lors de l'édition 2010.[1].
Elle est Grand officier de la Légion d'honneur depuis le 12 avril 2009.
Source: Wikipédia
Poème d'amour
De cet amour ardent je reste émerveillée
Je reste émerveillée
Du clapotis de l’eau
Des oiseaux gazouilleurs
Ces bonheurs de la terre
Je reste émerveillée
D’un amour
Invincible
Toujours présent
Je reste émerveillée
De cet amour
Ardent
Qui ne craint
Ni le torrent du temps
Ni l’hécatombe
Des jours accumulés
Dans mon miroir
Défraîchi
Je me souris encore
Je reste émerveillée
Rien n’y fait
L’amour s’est implanté
Une fois
Pour toutes.
De cet amour ardent je reste émerveillée.
Andrée Chedid
2007

Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Dimanche, 14 Février 2010 18:59

Gabriel Bourret- Roses anciennes- Détail-
Trop tard
Il a parlé. Prévoyante ou légère,
Sa voix cruelle et qui m'était si chère
A dit ces mots qui m'atteignaient tout bas :
"Vous qui savez aimer, ne m'aimez pas " !
"Ne m'aimez pas si vous êtes sensible,
Jamais sur moi n'a plané le bonheur.
Je suis bizarre et peut-être inflexible ;
L'amour veut trop : l'amour veut tout un cœur
Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;
Ses fers jamais n'entraveront mes pas".
Il parle ainsi, celui qui m'a su plaire...
Qu'un peu plus tôt cette voix qui m'éclaire
N'a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :
"Vous qui savez aimer, ne m'aimez pas !"
Ne m'aimez pas ! l'âme demande l'âme.
L'insecte ardent brille aussi près des fleurs :
Il éblouit, mais il n'a point de flamme ;
La rose a froid sous ses froides lueurs.
Vaine étincelle échappée à la cendre,
Mon sort qui brille égarerait vos pas.
Il parle ainsi, lui que j'ai cru si tendre.
Ah ! pour forcer ma raison à l'entendre,
Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :
"Vous qui savez aimer, ne m'aimez pas. "
Marceline DESBORDES-VALMORE
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Vendredi, 12 Février 2010 11:43

SOUPIR
Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais, fidèle, toujours l'attendre,
Toujours l'aimer.
Ouvrir les bras et, las d'attendre,
Sur le néant les refermer,
Mais encor, toujours les lui tendre,
Toujours l'aimer.
Ah ! Ne pouvoir que les lui tendre,
Et dans les pleurs se consumer,
Mais ces pleurs toujours les répandre,
Toujours l'aimer.
Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais d'un amour toujours plus tendre
Toujours l'aimer.
RENE-FRANCOIS SULLY PRUDHOMME
Mis à jour (Jeudi, 28 Janvier 2010 20:12) Écrit par Fany Jeudi, 28 Janvier 2010 17:15
Picasso- Arlequin à la guitare-
FIGARO
Figaro joue de la guitare.
Ma bien –aimée,comme il joue faux !
La pluie d’été mouille les coteaux
gris, verts et bleuissants du soir…
Oh ! la guitare et ce bruit d’eau !
Entends-tu ? Maintenant qu’il chante,
comme tu es troublée, tout à coup !
Or, ce Figaro, coiffeur dans un trou
de province déjà pourrissante,
n’est qu’un vieillard à moitié fou.
Mais tu trembles sous ma caresse,
tu te serres, nue, contre moi,
nue et frissonnante tandis que ta voix,
rauque un peu, répond à l’amoureuse averse
qui s’abat et gémit sur le toit.
FRANCIS CARCO- Chansons aigres-douces-
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mercredi, 27 Janvier 2010 17:19

Fontaine des Innocents- Paris - Janvier 2007- Photo Only Photo-
IL PLEUT à Eliane
Il pleut – c’est merveilleux. Je t’aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
par ce temps d’arrière-saison.
Il pleut. Les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus
et les remorqueurs sur la Seine
font un bruit… qu’on ne s’entend plus !
C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
la pluie dont le crépitement
heurte la vitre goutte à goutte…
et tu me souris tendrement.
Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l’heure :
On dirait qu’il pleut dans tes yeux.
FRANCIS CARCO -Petite Suite sentimentale-
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Lundi, 25 Janvier 2010 16:59

"Figure nue allongée" 2007, Philippe Lamiral, huile sur toile, 100 x 100 cm,
Collection de l'artiste
Amour,
Tu riais. Tu te renversais
dans mes bras et l’aube amoureuse
illuminait ma tête creuse
et lourde, mais je te berçais,
En chantant. Le jour, dans la pluie,
se levait et n’en pouvait plus.
Contre ta hanche étroite et nue,
je tombais enfin d’insomnie.
Matins amers, amour charmant,
épuisante et trouble folie,
au réveil, la mélancolie
sépara plus tard ces amants.
Pourquoi ? Nul ne le sait. Lui-même
pleurait en s’éloignant de toi.
Et, depuis ce jour, que de fois
l’aube a fripé ses roses blêmes !
FRANCIS CARCO -La bohème et mon cœur -
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Samedi, 23 Janvier 2010 17:21

Alphonse Mucha
Mortefontaine
Je me souviens de la bohème,
De mes amours de ce temps-là !
O mes amours, j’ai trop de peine
Quand refleurissent les lilas …
Qu’est ce que c’est que cette antienne ?
Qu’est ce que c’est que cet air là ?
O mes amours, j’ai trop de peine…
Le temps n’est plus de la bohème.
Au diable soient tous les lilas !
Il pleut dans le petit jour blême.
Toutes les amours sont les mêmes,
Les morts ne ressuscitent pas.
Un vieil orgue, comme autrefois,
Moud, essoufflé, « La Marjolaine ».
O mes amours de ce temps-là,
Jamais les mortes ne reviennent.
Elles dorment sous les lilas
Où les oiseaux chantent ma peine,
Sous les lilas qu’on a mis là…
Les jours s’en vont et les semaines :
O mes amours, priez pour moi…
Francis Carco- Extrait- Mortefontaine
Mis à jour (Mercredi, 20 Janvier 2010 07:32) Écrit par Fany Mardi, 19 Janvier 2010 11:30

Coq Gaulois Aquarelle 2006 Fany
Un coq place de l’opéra
Le chant d'un coq de ferme à midi place de l’opéra
en attendant l'autobus 27 Si on y réfléchit
il est peu probable qu'il y ait un coq
en train de faire le faraud entre le Drug Store Opéra
et le Café de Paris Un coq à crête pourpre
dans une cour agricole brûlée du soleil d'août
coq qui gratte de ses griffes la paille de la grange
pour y trouver une provende tardive
puis entre deux goulées de grains
saute sur une poule et la transperce à la diable
l'amour foudre le plaisir éclair
Coq si content de toi que viens-tu faire
en chantant si fort à midi en décembre
à l'arrêt de l'autobus 27 place de l'Opéra?
Tu n'as rien à faire dans cette journée
Tu as soixante ans de retard (ou d'avance?)
J'ai huit ans Maman veut que je dorme après le déjeuner
Elle m'a mis sur le lit a tiré les persiennes
Mais une fois la porte fermée je me lève
et pieds nus je vais à la fenêtre regarder
la cour où se pavane en habit de clarté
un coq couleur de feu qui malgré l'heure d'après-midi
se met à chanter comme si c'était l'aube
et chante dans ma tête après tant d'années
à midi en décembre place de l'Opéra
où les coqs se font de plus en plus rares
le Haut Bout CLAUDE ROY
20 juin 1983
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Dimanche, 17 Janvier 2010 16:58

Chat endormi
N'éveillez pas le chat qui dort
Car dans son sommeil il voyage
Beaucoup plus loin que les nuages,
Plus profond que les mines d'or.
N'éveillez pas le chat qui songe
Car c'est sa fonction ici-bas
D'éclairer le chemin des anges
Entre l'ici et l'au-delà.
N'éveillez pas le chat qui pêche Dans les océans du dedans.
Il capture au sein des eaux fraîches
Les grands poissons phosphorescents.
N'éveillez pas le chat qui chasse
En rêve les rats de la nuit:
Ils nous dévoreraient sans lui,
Le chat qui rit dans ses moustaches.
Marc Alyn
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mercredi, 13 Janvier 2010 08:54

Louis Ridel (1866-1937)
La nudité des fleurs
La nudité des fleurs c’est leur odeur charnelle
Qui palpite et s’émeut comme un sexe femelle
Et les fleurs sans parfum sont vêtues par pudeur
Elles prévoient qu’on veut violer leur odeur
La nudité du ciel est voilée par des ailes
D’oiseaux planant d’attente émue d’amour et d’heur
La nudité des lacs frissonne aux demoiselles
Baisant d’élytres bleus leur écumeuse ardeur
La nudité des mers je l’attife de voiles
Qu’elles déchireront en gestes de rafale
Pour dévoiler au stupre aimé d’elles leurs corps
Au stupre des noyés raidis d’amour encore
Pour violer la mer vierge douce et surprise
De la rumeur des flots et des lèvres éprises.
G. APOLLINAIRE
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mercredi, 06 Janvier 2010 10:51

"Tiedeur"
Un mot cru
encore sorti du livre
et pris dans les ronces de la cruauté
brode sur un précipice
Ta fenêtre est ouverte mais l’âme saignée de
mon être, réclame l’impartialité !
Un mot pelé,
pourtant la vie luit au dehors comme une
amante sous la pluie...
SALAH AL HAMDANI, poète originaire d’Irak, née à Bagdad en 1951
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Lundi, 04 Janvier 2010 07:20

Dans les champs, peinture à l'huile -Été 2007
www.unicjuly.com/
Paysage
Il y avait un merle blanc
un merle noir
Il y avait des fées parmi les pâquerettes.
Il y avait une abeille blonde,
une source bleue,
une rose thé,
une tulipe chocolat.
Il y avait une femme
qui descendait la colline,
une femme habillée de feu, de laine et d'amour.
Une mère aux yeux d'iris,
une mère aux mains de soie,
une mère coiffée de rêves.
Et je chantais avec ses lèvres.
Et je vibrais avec son coeur.
Il y avait une maison de sucre et de blé.
Il y avait un abricot mûr sur une fenêtre.
Il y avait un grand soleil de cuivre roux
et des iris aux langues d'or.
Il y avait une femme qui s'approchait de la maison
et qui caressait l'abricot
et qui regardait le soleil.
Une mère aux yeux de violette,
Une mère aux mains de velours.
Une mère habillée de brouillard et de larmes,
De lumière et d'amour.
Pierre GAMARRA

Mis à jour (Mardi, 29 Décembre 2009 07:45) Écrit par Fany Mardi, 29 Décembre 2009 07:42

Photo trouvée sur le Net
Je serai Père Noël
Quand je serai très vieux,
Je serai Père Noël
Je vivrai dans les cieux,
Sous un toit d’arc-en-ciel
Mes ateliers jouets
Seront dans les nuages
De là haut je verrai
Quels sont les enfants sages.
Mais je me souviendrai
De quand j’étais petit,
Des caprices que j’ai faits,
Des mensonges que j’ai dits.
Et j’aurai dans ma hotte,
Pour les petits coquins
Des jouets qui clignotent
Et des ours câlins.
Corinne Albaut
Mis à jour (Samedi, 26 Décembre 2009 17:56) Écrit par Fany Samedi, 26 Décembre 2009 17:49

Photo trouvée sur le net
Ardeur des sens, ardeur des cœurs...
Ardeur des sens, ardeur des cœurs, ardeur des âmes,
Vains mots créés par ceux qui diminuent l'amour ;
Soleil, tu ne distingues pas d'entre tes flammes
Celles du soir, de l'aube ou du midi des jours.
Tu marches aveuglé par ta propre lumière,
Dans le torride azur, sous les grands cieux cintrés,
Ne sachant rien, sinon que ta force est plénière
Et que ton feu travaille aux mystères sacrés.
Car aimer, c'est agir et s'exalter sans trêve ;
O toi, dont la douceur baigne mon cœur altier,
A quoi bon soupeser l'or pur de notre rêve ?
Je t'aime tout entière, avec mon être entier.
Emile VERHAEREN
Recueil : Les heures d'après-midi
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Jeudi, 17 Décembre 2009 13:33
Les chasseurs dans la neige (1565)
La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.
Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.
La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.
Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.
Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.
Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.
Guy de Maupassant

Photo trouvée sur le Net
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Samedi, 12 Décembre 2009 21:18

Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Libre comme un poisson dans l'eau, comme un oiseau dans l'air,
Léger comme le vent qui danse dans les arbres
Ou le mât d'un bateau qui danse sous la vague.
Danse tant que tu peux danser sur les pavés, sur l'herbe,
Sur une table de bistrot, à l'ombre des tavernes.
Viens, laisse-toi porter par toutes les musiques
Qui sortent d'un piano ou d'un vieux tourne-disque.
Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Danse dans les bras de Margot ou Julie de Nanterre,
Danse pour retrouver l'amour et la folie,
Danse pour éblouir ton âme qui s'ennuie.
Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Pour ne plus porter sur ton dos la mort et la misère
Et tu verras jaillir les sources souterraines,
Et les torrents de joie qui coulent dans tes veines.
Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Danse pour qu'un printemps nouveau balaye les hivers.
Danse comme l'on vit, danse comme l'on aime,
Danse comme on écrit sur les murs un poème.
Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Danse tant que tu peux danser. Viens, le bal est ouvert !
Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Danse tant que tu peux danser. Viens, le bal est ouvert !
G.M
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Vendredi, 11 Décembre 2009 12:07

Le jardin d'antan
Rien n'est plus doux aussi que de s'en revenir
Comme après de longs ans d'absence,
Que de s'en revenir
Par le chemin du souvenir
Fleuri de lys d'innocence
Au jardin de l'Enfance.
Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet
D'où s'enfuirent les gaîtés franches,
Notre jardin muet,
Et la danse du menuet
Qu'autrefois menaient sous branches
Nos soeurs en robes blanches.
Aux soirs d'Avrils anciens, jetant des cris joyeux
Entremêlés de ritournelles,
Avec des lieds joyeux,
Elles passaient, la gloire aux yeux,
Sous le frisson des tonnelles,
Comme en les villanelles.
Cependant que venaient, du fond de la villa,
Des accords de guitare ancienne,
De la vieille villa,
Et qui faisaient deviner là,
Près d'une obscure persienne,
Quelque musicienne.
Mais rien n'est plus amer que de penser aussi
A tant de choses ruinées !
Ah ! de penser aussi,
Lorsque nous revenons ainsi
Par sentes de fleurs fanées,
A nos jeunes années.
Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis,
Froissés, maltraités et sans armes,
Moroses et vieillis,
Et que, surnageant aux oublis,
S'éternise avec ses charmes
Notre jeunesse en larmes !
Emile Nelligan

Photo trouvée sur le net...
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mercredi, 02 Décembre 2009 18:31

Le temps de vivre
Déjà la vie ardente incline vers le soir,
Respire ta jeunesse,
Le temps est court qui va de la vigne au pressoir,
De l'aube au jour qui baisse.
Garde ton âme ouverte aux parfums d'alentour,
Aux mouvements de l'onde,
Aime l'effort, l'espoir, l'orgueil, aime l'amour,
C'est la chose profonde ;
Combien s'en sont allés de tous les cœurs vivants
Au séjour solitaire,
Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
Des matins de la terre,
Combien s'en sont allés qui ce soir sont pareils
Aux racines des ronces,
Et qui n'ont pas goûté la vie où le soleil
Se déploie et s'enfonce !
Ils n'ont pas répandu les essences et l'or
Dont leurs mains étaient pleines,
Les voici maintenant dans cette ombre où l'on dort
Sans rêve et sans haleine.
- Toi, vis, sois innombrable à force de désirs,
De frissons et d'extase,
Penche sur les chemins, où l'homme doit servir,
Ton âme comme un vase ;
Mêlée aux jeux des jours, presse contre ton sein
La vie âpre et farouche ;
Que la joie et l'amour chantent comme un essaim
D'abeilles sur ta bouche.
Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment,
Les rives infidèles,
Ayant donné ton cœur et ton consentement
A la nuit éternelle...
Anna de Noailles
Mis à jour (Mercredi, 02 Décembre 2009 10:39) Écrit par Fany Mercredi, 02 Décembre 2009 10:02