Écrit par Fany Samedi, 03 Janvier 2009 15:10

Après avoir lu : Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz
LOFOTEN....
La pluie s’est salie sur les débris
Car elle a nettoyé la peine
Des morts de Lofoten
Et du bois de leurs cercueils pourris.
A Lofoten, les morts sont blancs comme neige
Le printemps a essuyé leur peine
Le vent a emporté leurs cris dans son cortège
Et dorment les enfants de Lofoten
Seule, reste la plainte des vivants
Laissez, laissons dormir les morts
A Lofoten ou ailleurs laissons dormir le temps
A Lofoten plus qu’ailleurs, le silence est dehors
J’irai aussi, quelques instants nous sépareront
C’est bien là tout le mal, ici, il faut vivre
Il faut penser que nous nous retrouverons
Et qu’un jour à Lofoten, nous serons libres
Ne pleurez pas sur le cimetière des gens de Lofoten
Sinon leur mort sera une longue agonie
Aimez et plaignez les vivants et leur anathème
La vie et la mort ne sont que symphonies…
Fany
TOUS LES MORTS SONT IVRES
Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale
Au cimetière étrange de Lofoten.
L'horloge du désert tictaque lointaine
Au cœur des cercueils pauvres de Lofoten.
Et grâce aux trous creusés par le noir printemps
Les corbeaux sont gras de froide terre humaine;
Et grâce au maigre vent à la voix d'enfant
Le sommeil est doux aux morts de Lofoten.
Je ne verrai très probablement jamais
Ni la mer ni les tombes de Lofoten
Et pourtant c'est en moi comme si j'aimais
Ce lointain coin de terre et toute sa peine.
Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines
Au cimetière étranger de Lofoten
Le nom sonne à mon oreille étrange et doux,
Vraiment, dites-moi, dormez-vous, dormez-vous?
Tu pourrais me conter des choses plus drôles
Beau claret dont ma coupe d'argent est pleine,
Des histoires plus charmantes ou moins folles;
Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten.
Il fait bon. Dans le foyer doucement traîne
La voix du plus mélancolique des mois.
Ah! les morts, y compris ceux de Lofoten,
Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi...
Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz
