
Mis à jour (Vendredi, 03 Septembre 2010 18:13) Écrit par Fany Vendredi, 03 Septembre 2010 17:52




La vie est un puits aux eaux profondes. L’on peut s’y présenter avec des petits seaux et ne tirer que peu, ou avec de grands récipients et extraire des eaux abondantes qui nourriront substantiellement. C’est le temps de la jeunesse qui est celui des recherches. C’est celui où l’on veut faire l’expérience de tout. L’école devrait aider les jeunes à découvrir leurs vocations et leurs responsabilités et non pas simplement leur farcir l’esprit de faits et de connaissances techniques ; elle devrait être le bon sol dans lequel ils pourraient grandir sans peur, heureux, intégralement.
Jeune
Plus âgé
Mis à jour (Jeudi, 26 Août 2010 07:39) Écrit par Fany Jeudi, 26 Août 2010 06:33

Peinture de Rita Orekhova
Eloge de la bêtise
"Je chéris et loue la bêtise. La bêtise est une authentique qualité, une haute vertu, le rempart absolu contre la souveraine et tyrannique intelligence qui l'écrase, la méprise et la persécute. La bêtise est l'apanage de ceux qui sont totalement dénués d'intelligence, et qui sont donc remplis de saines certitudes, d'inébranlables convictions et même de salutaires illusions. La bêtise empêche de trop penser, elle pousse à l'action irréfléchie. Elle éloigne et préserve fatalement l'être de la pensée stérile, creuse et futile.
La bêtise rend toujours heureux. Alors que la réflexion amène les angoisses. La bêtise résout tous les problèmes de la pensée en éliminant tout simplement la pensée. C'est le penseur qui se crée des problèmes, c'est l'intelligence qui apporte les vrais problèmes en posant des questions embarrassantes à l'homme. En effet, les gens intelligents se posent toujours des questions insolubles, tandis que les gens stupides ne se posent tout simplement pas de questions. Et le secret de leur bonheur est précisément là.
Les gens bêtes cultivent leur jardin sans plus se poser de questions. Les gens intelligents se préoccupent plutôt du temps qu'il fait au-dessus de leur tête bien faite et en oublient totalement leur activité horticole. Ils s'y désintéressent d'ailleurs parfaitement, et préfèrent se torturer l'esprit avec des choses qui, aux yeux des gens bêtes, n'en valent vraiment pas la peine.
D'où la supériorité de la bêtise sur l'intelligence : elle force l'heureux élu à cultiver son jardin. Et avec cœur encore. Alors que l'intelligence ne fait rien pousser du tout sous les pieds de ses victimes bien pourvues. "
Raphaël Zacharie de Izarra
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mardi, 24 Août 2010 07:46
Supplément de Psychologies magazine.

Je vous livre ici cinq introductions de chapitres qui prêtent à réflexion.
*Redécouvrir notre identité :
La cuisine nous parle de nos origines, de nos racines.
Géographiques, familiales, culturelles, religieuses. Elle est la métaphore matérielle et sensorielle de notre métissage intérieur. Le fruit, sucré ou doux-amer, de notre héritage intime.
( Avec le Dr Gérard Apfeldorfer, auteur de Manger en paix ! - Odile Jacob, 2009- )

Georg Flegel , Nature morte aux oeufs pochés, historisches Museum Bâle
*Pacifier nos émotions :
Cuisiner soulève en nous des émotions fortes.
Attentes, désirs, craintes… En entrant en contact avec la nourriture, nous explorons avec nos sens, nos affects et notre émoi, notre relation la plus intime de la vie.
( Avec le Dr Gérard Apfeldorfer)

Photo du net
*Réveiller notre créativité :
Imaginer, anticiper, choisir, interpréter … parce qu’elle libère notre esprit, affûte nos sens, sollicite notre mémoire, notre sensibilité et notre imagination, la cuisine peut se transformer en véritable atelier de créativité.
(Avec Anne-Marie Jobin, auteur de La vie faite à la main, quête du sens et de la créativité - Edition du roseau, 2006-)

*Méditer avec nos cinq sens :
Préparée en conscience, la cuisine est une véritable méditation qui réunit le corps et l’esprit. Elle nous invite, par des gestes simples, à mettre tous nos sens en éveil et à habiter pleinement le moment présent< ;
(Avec Michel Gillain, auteur de Ma cuisine intérieure- Editions Openway, 2006-)

Photo du Net
*S’ouvrir au partage :
La cuisine évoque la générosité, l’intimité et la chaleur.
Mais cet art de donner et de recevoir est moins simple qu’il n’y paraît. Car cuisiner pour les autres exige que l’on soit au clair avec ses motivations et en paix avec son égo.
(Avec Michel Gillain)

Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mardi, 17 Août 2010 16:34

La légende des fleuves, de la louve et des deux amants.
Il me souvient d’une légende que l’on contait autrefois dans les familles.
C’était… il y a bien longtemps.
Si longtemps que les aïeux de mes aïeux n’en eurent que ouï-dire.
L’histoire disait les aventures de deux amants prodigieux.
Ils s’enlaçaient d’un amour si fantastique, si ardent que, de leurs étreintes enflammées, vint au monde une ville.
Il était fleuve, il s’appelait Rhône.
Elle était rivière et se nommait Saône.
Et le fruit de leur hymen porte pour nom Lyon.
On dit aussi que, plus tard, bien plus tard, lors d’un hiver des plus rigoureux, une louve vint à passer sur le dos gelé d’un des deux fleuves.
Cette louve avait grand faim, les longs et terribles froids ayant réduit à néant sa pitance, si bien qu’elle arpenta les rues de la ville de Lyon en quête de quelque proie.
Le malheur voulu que pour assouvir sa faim elle dévore un enfant.
Le carnage fut si effroyable que l’endroit porte encore aujourd’hui le nom sinistre de « Gorge du Loup ».
Les lyonnais, ivres de douleur, d’avoir perdu une part de leur chair, pourchassèrent en une battue acharnée la bête infâme qui fuyait à travers les « traboules » mystérieuses et les rues tortueuses de la ville.
Dans sa terrible fuite, l’ignoble animal, fit la rencontre des deux amants qui se dissimulaient, obligés qu’ils étaient de cacher leur amour aux regards des citadins car certains de ceux-ci, des jaloux sans doute, les disaient frère et sœur.
La rage de la louve était telle qu’elle les égorgea tous deux, tout embrassés qu’ils étaient en cet endroit, cette langue de terre où le Rhône et la Saône se promettent l’un à l’autre.
Le monstre était encore à sa vile besogne lorsque les habitants le débusquèrent.
Ils le tuèrent sur le champ.
On rapporte qu’elle fut écorchée et que sa dépouille ainsi grattée fut exposée en lieu appelé encore aujourd’hui « Grataloup ».
Telle est la légende qu’on rapporte sous les toits de la ville de Lyon.
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Lundi, 02 Août 2010 08:53

Le temps des amours.
Marcel Pagnol : Au temps des souvenirs.
… Prologue
Les pages que l’on va lire ont été écrites par Marcel Pagnol entre 1959 et 1962. Il les destinait au quatrième et dernier tome de ses déjà célèbres Souvenirs d’Enfance, et il leur avait donné un titre, Le Temps des Amours. Pourtant, bien que leur auteur ait vécu jusqu’en 1974, elles n’ont jamais été publiées.
Ce livre a donc une histoire, comme tous les livres, et il a aussi une seconde histoire, plus particulière, puisque c’est un livre abandonné. …


Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mardi, 01 Juin 2010 18:36

À MON PETIT MAÎTRE M. HENRI DE SÉGUR
Mon petit Maître, vous avez été bon pour moi, mais vous avez parlé avec mépris des ânes en général. Pour mieux vous faire connaître ce que sont les ânes, j'écris et je vous offre ces Mémoires. Vous verrez, mon cher petit Maître, comment moi, pauvre âne, et mes amis ânes, ânons et ânesses, nous avons été et nous sommes injustement traités pas les hommes. Vous verrez que nous avons beaucoup d'esprit et beaucoup d'excellentes qualités ; vous verrez aussi combien j'ai été méchant dans ma jeunesse, combien j'en ai été puni et malheureux, et comme le repentir m'a changé et m'a rendu l'amitié de mes camarades et de mes maîtres. Vous verrez enfin que lorsqu'on aura lu ce livre, au lieu de dire : Bête comme un âne, ignorant comme un âne, têtu comme un âne, on dira : de l'esprit comme un âne, savant comme un âne, docile comme un âne, et que vous et vos parents vous serez fiers de ces éloges.
Hi ! han ! mon bon Maître ; je vous souhaite de ne pas ressembler, dans la première moitié de sa vie, à votre fidèle serviteur,
CADICHON,
Âne savant.

Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Dimanche, 23 Mai 2010 07:48

Après “Le chemin des âmes”, roman époustouflant (éditions Albin-Michel, 2006), Joseph Boyden nous revient avec un recueil de nouvelles, “Là-haut vers le Nord”. Une critique de ce livre est à lire dans le “Télérama” paru récemment.Vous pouvez aussi découvrir ici, en guise de mise en bouche, une nouvelle dans son intégralité. Son titre : “Légende de la Fille Sucre”.
« Les Blancs ont apporté bien des choses aux Indiens. Les fusils, les moteurs hors-bord. La télévision. Le café. Les Kentucky Fried Chicken. Le hockey sur glace. Les jeans extra large, les casquettes de base-ball. Le rock’n roll, la cocaïne. Mais il y a un présent dont on ne parle jamais.
Il était une fois une petite fille. Elle vivait loin au nord, dans la taïga, passé le Bouclier canadien – un endroit si sauvage que même les cerfs n’y pouvaient pas survivre. Son père était chasseur et trappeur ; sa mère cousait les habits de la famille, tannait les peaux que le père avait prises. Ils échangeaient leurs fourrures au comptoir de la Compagnie de la Baie d’Hudson contre quelques-uns des biens que proposait le wemestikushu, l’Homme Blanc : et ces choses apportaient aux Anishnabe, aux Indiens, un peu d’aide pour tenir dans ce lieu hostile. Ils échangeaient du lynx, du castor, de l’orignal, des peaux de martre, de lièvre à raquettes, des visons contre de la farine, des tissus de couleur, des balles de fusil, quelques outils, du fil à coudre.
Cette petite fille avait de nombreux frères et sœurs. Tous aidaient ses parents à la cuisine, à la couture ou à la chasse. L’hiver, ils résidaient dans les bois, près des lieux où le père avait tendu ses pièges ; l’été, ils allaient camper au bord d’un lac où le poisson abondait. C’était une petite fille comme les autres : elle avait une poupée, des frères et des sœurs avec qui jouer : ils se disputaient parfois, mais dans l’ensemble ils s’entendaient bien. C’était une bonne vie, surtout l’été, quand le jour n’en finissait pas et que la famille passait de longues soirées à jouer ensemble ou à se raconter des histoires.
Mais cette bonne vie, comme toute chose ici-bas, devait prendre fin. Un jour, le père revint d’une visite au comptoir de la Compagnie ; il était pâle. Il s’assit avec sa femme et lui rapporta ce qu’avaient expliqué les employés blancs. On venait de bâtir un pensionnat près du comptoir ; le gouvernement avait décrété une loi selon laquelle tous les enfants anishnabe devaient quitter le campement familial pour aller y vivre. « Mais ce sera bien, assuraient les employés ; vos enfants reviendront vous voir chaque été, pendant deux mois. Dites-vous que comme ça, ils pourront vivre dans notre monde et apprendre nos coutumes.
– Et si jamais je ne les envoie pas dans ce pensionnat ? avait demandé le père.
– Alors nous n’aurons plus le droit de commercer avec vous, et le gouvernement enverra la Police Montée vous prendre vos enfants. Ils iront de toute façon. »
Le père de la petite fille expliqua tout cela à son épouse. Elle pleura. Elle savait qu’il fallait faire ce que le gouvernement disait.
« Nous irons nous cacher dans la forêt, là où ils ne nous trouveront pas, décréta le père. Nous vivrons à la façon de nos ancêtres et nous oublierons ces Blancs.
– Il n’y aurait pas assez de tout le pays pour leur échapper, répondit sa femme. Leurs avions repéreront nos feux de camp. Tu n’auras plus de balles pour ton fusil. Tu ne manies plus assez bien l’arc pour nous nourrir tous. Quelle vie auraient nos enfants, sans cesse à courir et à se terrer comme des lapins ? »
Les parents de la petite fille n’eurent d’autre choix que d’obéir au gouvernement. Quand les oies repartirent, cet automne-là, ils conduisirent leurs enfants au pensionnat, où les attendaient des religieuses en habit noir et au visage grave.
La première chose que firent les religieuses, ce fut de leur couper les cheveux. Elles taillèrent ceux des garçons très court, ne leur laissant que quelques mèches qui se hérissaient sur leur tête ; aux filles, elles donnèrent une coupe au carré qui leur interdisait de porter des tresses, comme leurs grands-mères et leurs mères l’avaient toujours fait.
Elles leur passèrent ensuite des habits rêches, qui les grattaient. Puis elles leur dirent qu’ils n’avaient plus le droit de parler cree, sinon on leur laverait la bouche au savon et on les fouetterait avec une baguette. Cela fit rire quelques enfants, surtout les filles : ils pensaient que les religieuses plaisantaient. Qui aurait l’idée de frapper des enfants, et avec une baguette ? C’est bon pour les chiens ! Mais à la stupéfaction de la petite fille, une nonne la traîna dans une pièce, la mit à genoux, souleva sa robe et la battit jusqu’à la faire pleurer.
Cette nuit-là, et bien d’autres nuits dans les mois qui suivirent, la petite fille s’endormit au son de ses sanglots et de ceux des autres, dans le dortoir. Ils pleuraient leurs parents, le feu de camp, l’odeur du cuir tanné.
Hormis les coupes de cheveux, les habits, ces journées pleines d’horloges, de classes, de fessées, d’horaires, ce qui étonna le plus la petite fille, ce fut la nourriture que les religieuses leur servaient trois fois par jour. Tous les matins, elle faisait la queue avec les autres pour recevoir un bol de flocons gris. Puis on lui donnait un peu de lait à verser sur les flocons. Mais le plus intéressant, c’était qu’il fallait ensuite verser une cuillerée de sucre, blanc comme la neige au bord d’un lac, sur les flocons et le lait. Le sucre donnait du goût à ce mélange insipide. C’est grâce à lui que la petite fille apprit à aimer son petit-déjeuner. Elle prit bientôt l’habitude de chaparder une cuillerée de sucre qu’elle cachait dans la poche de son uniforme. Chaque fois qu’elle s’ennuyait, qu’elle avait envie de réconfort, elle mouillait la pointe de son doigt, l’enfonçait dans sa poche, suçait les grains de sucre ainsi recueillis. Elle prenait bien soin de se cacher : si les religieuses l’avaient vu faire, elles l’auraient sûrement corrigée avec leur baguette d’épicéa.
Les jours devinrent des semaines et les semaines, des mois. Les enfants parlaient de mieux en mieux l’anglais, mais ils n’avaient pas renoncé à leur langue maternelle. Ils l’employaient tantôt par mégarde, tantôt à dessein. Chaque fois qu’ils étaient surpris à le faire, on leur lavait la bouche au savon et on les fouettait à la baguette. La petite fille remarqua que même les garçons les plus braves, ceux qui n’hésitaient pas à regarder une nonne dans les yeux et à l’insulter en cree, ceux-là même s’endormaient dans des sanglots étouffés. Les nuits, c’était le pire : les religieuses glissaient comme des fantômes entre les lits pour faire taire les enfants, un doigt osseux levé contre leurs lèvres. La petite fille guettait le matin avec impatience.
Quand ils avaient été très sages, on leur donnait un bonbon, un petit caillou dur, sucré, de couleurs vives. On suçait le bonbon jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un éclat sur la langue ; puis il fondait tout à fait. La petite fille les préférait encore au sucre en poudre. Le goût en était plus puissant, plus profond. Cela lui faisait penser à la chaleur du soleil sur sa peau, lui donnait ce sentiment qu’on éprouve le matin, quand on se réveille de bonne heure, quand on sait qu’on a la journée devant soi. Les jours gris du pensionnat passaient plus vite grâce aux bonbons.
Le printemps arriva. Les enfants se mirent à parler de l’été, où ils iraient retrouver leurs parents au bord des lacs et des rivières. Cette perspective les rendait heureux ; et quand ils étaient heureux, ils étaient sages. Les religieuses, en retour, leur donnaient plus souvent des bonbons. La petite fille se dit que ce serait une bonne idée d’en emporter chez elle. Elle se mit à rendre des services aux autres enfants : faire leur lit, leur gratter le dos, ou même leur abandonner une part de son dîner. Elle échangeait tout cela contre des bonbons.
Cette activité tourna bientôt à l’idée fixe. Si elle se procurait assez de sucreries, se disait-elle, elle en aurait en permanence et sa vie à la pension serait bien plus heureuse. A force de supplications, d’astuces et de trafics, elle gagna un surnom. On se mit à l’appeler la Fille Sucre, pour se moquer d’elle au début. Mais la Fille Sucre accueillit ce sobriquet avec fierté ; et les autres enfants, peu à peu, en vinrent à admirer la puissance et la ténacité de sa passion pour les choses sucrées. Bientôt ils n’employaient plus ce nom que comme un signe de respect.
L’été fut une période étrange pour la Fille Sucre, ses frères et ses sœurs. Ils avaient passé l’année à parler leur langue en secret, à se la chuchoter à l’oreille ; et pendant une bonne partie des vacances, chaque fois qu’ils disaient un mot cree à voix haute, quelque chose en eux tressaillait à l’idée de la correction.
L’été passa vite, comme tous les étés. Et les années aussi passèrent vite, comme passent les années. Chaque fois que les enfants retournaient chez eux, ils se rappelaient un peu moins leur langue ; et vint un jour où la Fille Sucre, ses frères et ses sœurs n’arrivaient presque plus à discuter avec leurs parents.
Durant toutes ces années que la Fille Sucre passait au pensionnat, sa mère et son père s’étaient efforcés de vivre comme ils avaient toujours vécu. Son père partait relever ses pièges ou chasser l’orignal ; sa mère s’occupait de la maison. Mais ils vieillissaient, et avec l’âge vient la faiblesse. Dépecer et vider l’orignal, c’est une tâche de jeune homme ; et pour traîner la carcasse jusqu’à la maison, il faut bien des bras vigoureux. Sans enfant pour les aider, les parents de la Fille Sucre se résolurent à suivre l’exemple des autres parents. Ils allèrent vivre à la réserve où se trouvait la pension. Avec le peu d’argent que leur allouait le gouvernement, ils achetèrent les biens et la nourriture que la Compagnie de la baie d’Hudson leur procurait au prix fort. Le père de la Fille Sucre ne put que rire amèrement en découvrant combien le gouvernement et la Compagnie travaillaient la main dans la main : ce qu’on vous donnait de l’une, on le reprenait de l’autre.
Les années passèrent, la Fille Sucre grandit ; et ce pensionnat, elle finit par s’y sentir chez elle, tout comme le gouvernement et les religieuses l’avaient prévu. A mesure qu’elle grandissait, elle grossissait. Ce qu’on lui donnait chez les religieuses ne ressemblait en rien à ce qu’elle mangeait dans sa famille. Il y avait les sauces, les desserts, le thé glacé, les sodas : tout cela, bourré de sucre. Étrangement, cette nourriture qu’elle mangeait et qu’elle apprenait à aimer se substitua aux choses qu’on lui avait prises ; et quand elle sentait naître en elle la tristesse, cette tristesse qui vient des entrailles, elle l’étouffait sous les sucreries.
Le jour arriva pour elle de quitter la pension. Elle n’aurait jamais cru cela possible – mais ce jour-là, elle eut peur de s’en aller. Les religieuses ne lésinaient pas sur les corrections, mais elles lui donnaient aussi ce dont elle avait besoin : de quoi se vêtir, de quoi manger. Elles avaient seulement omis de lui apprendre à les obtenir par elle-même.
Le gouvernement lui alloua un peu d’argent, tout comme à ses parents. Chose étrange, à présent qu’elle était libre de les voir, elle le faisait rarement. Elle parlait une autre langue ; elle avait d’autres goûts. Cette idée la rendait parfois triste ; il lui semblait avoir perdu une chose très importante. Et chaque fois que la tristesse remontait en elle, elle la faisait taire en consommant du sucre sous toutes ses formes.
Malgré tous les plaisirs qu’elle y trouvait, la Fille Sucre se mit à remarquer des effets indésirables. Ses dents noircirent ; elles lui faisaient affreusement mal. Sa peau, elle aussi, pâtissait de ce régime. Mais quand elle ne mangeait plus de sucre, elle se sentait abattue et souffrait de migraines terribles ; elle continua d’en manger.
Pour son vingtième anniversaire, les amis de la Fille Sucre lui firent découvrir l’alcool. Cette nuit-là, elle retrouva ses plaisirs de petite fille, comme au jour où elle avait découvert le sucre en poudre. L’alcool rendait les choses plus claires, plus chaudes. Il provoquait les rires, il suscitait les larmes. Il procurait l’oubli. Elle ignorait que l’alcool n’était autre chose que des sucres fermentés et distillés. « Tu peux voir ça comme le bonbon des adultes », lui dit une amie ce soir-là : et la Fille Sucre se mit à rire, à rire jusqu’à en pleurer.
L’alcool devint donc son nouveau bonbon ; mais ses effets se révélèrent autrement puissants. Elle les sentait aussitôt après avoir bu, les sentait encore le lendemain matin. Par-dessus le marché, quand elle avait bu, elle faisait des choses qu’elle n’aurait jamais faites autrement. La première heure, ses amis et elle parlaient plus que de coutume, riaient plus que de coutume, et c’était bien. Mais ils continuaient à boire et le rire se changeait parfois en tristesse, parfois en colère : elle ne savait jamais lequel des deux.
Elle aurait voulu faire durer cette douce euphorie qui la gagnait au premier verre, mais l’alcool ne l’entendait pas de cette oreille. Quand la Fille Sucre avait trop bu, que la tristesse ou la colère reparaissait, elle tâchait de comprendre où le sentiment trouvait sa source. Elle en voulait aux religieuses de l’avoir changée en une autre, à force de menaces et de coups : mais quelle autre ? Cette personne ou cette chose qu’elle était devenue, elle ne la connaissait pas.
Il y eut des matins où la Fille Sucre se réveillait malade, résolue à ne plus jamais boire. Certaines fois, il y avait à son côté un homme qu’elle connaissait ; et d’autres fois, un homme qu’elle ne connaissait pas. Ces matins-là, la Fille Sucre regrettait son enfance : le feu dans la nuit ; la voix de sa mère chantant une vieille chanson cree ; les histoires de son père, les jeux avec ses frères et sœurs. Mais ses parents étaient trop vieux désormais pour retourner vivre dans les bois, enseigner à ses frères et sœurs la chasse, les pièges, l’art de tailler les vêtements, de préparer le gibier. Cette vie-là ne reviendrait pas.
A mesure que ces terribles matinées s’étiraient jusque dans l’après-midi, la Fille Sucre se remettait peu à peu, et elle se demandait si elle avait seulement envie de retrouver sa vie d’avant. Ces choses que les religieuses et le gouvernement lui avaient données, elle s’y était habituée ; elle avait appris à les aimer. Le lit moelleux ; la radio et sa musique ; la nourriture toujours disponible, au magasin de la Baie d’Hudson. Une vie facile. Elle ménageait la pension que lui avait allouée le gouvernement, en échange de leurs terres et de leur vie d’avant, et parvenait ainsi à joindre les deux bouts. Mais elle gardait une sourde inquiétude, comme le bruit d’un moustique dans la nuit nuit, l’idée qu’il manquait quelque chose à son existence.
Puis le jour arriva où la Fille Sucre se trouva enceinte ; et elle pensa que, peut-être, c’était là cette chose qui lui avait manqué. Le docteur blanc lui apprit que non seulement elle allait avoir un enfant, mais encore qu’elle souffrait d’une maladie, un problème dans son corps, en rapport avec tout le sucre qu’elle avait consommé depuis l’enfance. « Il faut prendre mieux soin de vous, lui dit le docteur. Il y a beaucoup de gens, dans votre peuple qui souffrent de ce problème. Vous mangez trop mal ; votre corps n’arrive pas à suivre. Si vous ne faites pas attention, si vous ne changez pas vos habitudes, cela va vous tuer. »
Et c’est ainsi que la Fille Sucre mit au monde son bébé sucre. Elle lui donna un prénom tiré de la Bible, dans l’espoir que cela lui faciliterait la vie parmi les Blancs ; et son petit garçon, elle l’éleva de son mieux. Elle chercha dans ses souvenirs d’enfance comment s’y prenait sa mère quand elle, la Fille Sucre, tombait malade ; quand elle faisait des comédies ; quand elle avait besoin d’aide. Mais cela remontait très loin : il ne restait plus beaucoup de souvenirs de ce temps-là. Parfois il paraissait plus simple de s’y prendre comme les religieuses s’y étaient prises avec elle : flanquer une raclée à son petit garçon quand il n’était pas sage ; le faire taire avec des bonbons ; le nourrir de ce qu’elle mangeait elle-même.
Les premiers mois, durant sa grossesse puis son allaitement, la Fille Sucre se sentait pleine de joie et de santé, comme aux temps de son enfance. Mais elle ne tarda pas à retomber dans ses anciens travers. Elle retrouvait le sucre à l’épicerie, au restaurant, jusque chez elle : il s’était lié à elle de façon permanente. Elle ne pouvait plus se détacher de cette chose qu’elle était devenue.
Elle éleva donc son fils du mieux qu’elle pouvait ; s’efforça de vivre du mieux qu’elle savait. Mais la Fille Sucre était de plus en plus malade. Ce même produit qui avait conquis ses faveurs dès l’enfance, qui l’avait consolée, l’avait aidée à devenir ce que voulaient les religieuses, il apparut qu’il était son ennemi depuis le début, qu’il la rongeait de l’intérieur. Et quand son fils eut l’âge de veiller à son tour sur sa mère, on le lui prit pour le mettre au pensionnat, lui aussi.
La Fille Sucre aura vécu assez longtemps pour connaître la douleur qu’avaient éprouvée, avant elle, son père et sa mère. Son fils, lui, a connu le destin des enfants au pensionnat ; il a connu des moments terribles, aux mains d’hommes pervertis – des moments que sa mère n’avait heureusement pas subis.
Mais les légendes ne servent pas qu’à dire des histoires tristes. Les légendes disent aussi la magie d’un peuple ; elles changent les faibles en vainqueurs. La Fille Sucre est morte. Mais une part d’elle a survécu dans son fils, cette bonne part que les religieuses n’avaient pas pu extirper et qui, à son insu, ne l’avait jamais quittée.
Le fils de la Fille Sucre était fort. Et pour cause : il avait le sang d’un Cree. Il quitta le pensionnat et le regarda crouler dans les mains de ceux qui l’avaient bâti, il le vit pourrir et crever sous le poids de leurs violences — physiques, mentales, sexuelles. Le fils de la Fille Sucre résolut d’en apprendre le plus possible sur les périls qui avaient réduit sa mère au silence. Plus tard, il travailla à mettre en garde ceux de son peuple contre les périls de la maladie du sucre.
Les Blancs ont donné bien des choses aux Indiens. Le hockey, l’électricité, les maisons en préfabriqué, les motoneiges, les chaussures de course, les camionnettes, les trottoirs, les réserves.
Les Indiens leur ont fait quelques présents en retour. Le jeu de la crosse, les cheveux longs. Le maïs, les calumets de la paix. Des noms, pour leurs équipes de base-ball. Les pow-wows et Tonto. Un destin pour Custer. Des terres. Beaucoup de terres. Thanksgiving .
Mais les présents dont on ne parle jamais : ce sont ceux-là qui comptent. »
Joseph Boyden
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Jeudi, 13 Mai 2010 08:08

Une vieille paysanne guette l'arrivée du car qui doit la conduire au marché d'Agadir pour y vendre ses oranges et refuse l'offre d'un homme riche de lui céder toute sa marchandise : "Ecoute, mon fils. J'ai passé trois jours à cueillir ces fruits et ces légumes. Aujourd'hui je me suis levée très tôt. Je marche depuis ce matin à pied [...] Je ne me suis pas levée à l'aube pour me débarrasser en un clin d'oeil de tous mes fruits et légumes. Je vais à Agadir m'installer dans mon petit coin, étaler mes produits, saluer le gardien, demander des nouvelles de Rahma qui est malade, et vendre mes oranges et mes tomates à plusieurs personnes. J'aimerais recevoir la même somme que tu m'offres, mais de plusieurs mains, avec plusieurs sourires, et de visages différents. Je suis désolée, je ne me débarrasse pas de ma marchandise, je la vends. Et je passe toute une journée à la vendre. Sinon quelle vie aurions-nous ? Et quel intérêt de ne plus aller jusqu'au marché ?
Cité par Colette Nys-Mazure dans"Tahar Ben Jelloun, le fou, le sage, écrivain public", ed. La Renaissance du livre, 2004, pp. 12 et 13,extrait tiré de "La Prière de l'Absent" Tahar Ben Jelloun, Ed Le Seuil, 1981.

Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Dimanche, 25 Avril 2010 07:50

Yin tao
Dès le 3ème siècle avant JC, dans la Chine ancienne, circulent des livres de recettes sexuelles: les « manuels de sexe », recueils de recettes pour une vie sexuelle conforme aux principes du Tao. L’expression « Tao de l’art d’aimer » se réfère à cet art de vivre.
Une vie sexuelle active et satisfaisante est en effet une sorte d’assurance vie. Plus on s’y plonge avec délectation, plus on augmente sa longévité, et par là son prestige. La sexualité est certes orientée vers la procréation, mais s’inscrit sans doute bien davantage dans des parcours à la fois plus hédonistes et surtout plus spirituels. L’accomplissement de soi, passe par une vie sexuelle active et épanouie. Le Tao de l’art d’aimer apparaît dans la Chine ancienne à l’époque ou la société évolue du matriarcat vers le patriarcat, les hommes et les femmes sont alors sur un pied d’égalité en tant que partenaires sexuels. La sexualité n’est jamais considérée comme un péché, mais comme un phénomène naturel.
Plus là :
http://www.sexologie-magazine.com/histoire/ManuelsChinois.html#manuelHaut
L'érotisme est un mouvement vers l'Autre...
Le Deuxième Sexe (1949)
Simone de Beauvoir
Mis à jour (Vendredi, 12 Mars 2010 13:10) Écrit par Fany Vendredi, 12 Mars 2010 09:10
La lecture de « Les égouts de Los Angeles » de Michael Connelly m’a amené de nouveau à écouter et le Jazz de ART PEPPER (alto sax, clarinette, ténor)(1925 – 1982) et de regarder le fameux tableau de Hopper; tous deux très aimés par le héros : Harry Bosch.
Très bon policier...

Edward Hopper.
Nighthawks.
Le livre:
Cette œuvre est la première de l'auteur américain Michael Connelly mettant en scène le personnage de Harry Bosch, inspecteur au LAPD. Elle est parue initialement en 1992. Près de deux ans après avoir résolu l'affaire du "Dollmaker", le célèbre inspecteur reprend du service après une nouvelle affectation au commissariat de West Hollywood. Après avoir découvert dans un égout le cadavre d'un de ses anciens compagnons de combat, Bosch enquête sur de mystérieuses attaques de banques, tout en essayant de protéger un jeune témoin de l'enfer de la rue. Ce polar sombre est une œuvre intéressante tant au point de vue du suspense que de l'action mais également par son évocation des rats des tunnels, unité militaire américaine pendant la guerre du Viêt Nam.

Ce roman a reçu le prix Calibre 38 en 1993.
Mis à jour (Vendredi, 05 Mars 2010 18:49) Écrit par Fany Vendredi, 05 Mars 2010 18:38
LE SEIGNEUR SANS VISAGE
Extrait
Les premières lignes…
"La peur a tant de noms. Et soudain, j’ai l’impression de les connaître tous : épouvante, effroi, frayeur, horreur, panique, terreur…
Ici, dans le château de la Roche-Guyon, elle est partout. Elle rampe le long des murs humides, fait grincer portes et planchers, hurler les chiens au chenil, trembler les femmes et murmurer les hommes.
Elle est dans cette falaise et ce noir donjon qui la surplombe, dans ces souterrains qu’on dit mener aux Enfers. Ces souterrains où, en des temps reculés, parlaient les oracles.
La peur est ici chez elle, comme la brume est à sa juste place sur l’étendue boueuse des marécages."
Résumé
Tir à l’arc et duel au corps à corps sont au nombre des épreuves qui attendent le jeune Michel de Gallardon au château de la Roche-Guyon. Mais son apprentissage de chevalier est tragiquement interrompu par une série de meurtres. Guillaume, le maître des lieux, reste reclus dans son donjon alors que son épouse, la belle Morgane, semble en danger… prêt à tout pour la protéger, Michel fait le serment de percer le secret du seigneur sans visage.
Mais la vérité n’est pas toujours belle à voir…
Pour les jeunes qui aiment l'aventure et les mystères... dès 11 ans.
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Dimanche, 21 Février 2010 18:24

Un roman d'Evelyne Brisou-Pellen, édité chez Gallimard en 1998,
dans la collection Folio junior.
Jordane habite à l'extérieur d'un village, seule avec ses deux petites sœurs. Un village auquel on vient de rajouter un pont qu'on lève la nuit venue. Parce que c'est l'hiver et que les loups sont de retour. Parce que Jordane, ayant passé quelques mois avec les loups quand elle était enfant, comprend les loups, ce que les villageois ne comprennent pas. Ils la croient sorcière ou loup-garou ? Jordane commence à manquer d'argent pour vivre, heureusement que son oncle, le meunier qu'elle n'aime guère, lui vient en aide.
Arrive Garin, le scribe, qui a traversé la forêt en ayant peur des loups. Il est bien heureux de trouver cette maison. Garin est futé, il utilise la peur que les villageois ont des loups, pour les inciter à rédiger leur testament, moyennant contrepartie, cela va de soi. Comme c'est un garçon futé, il choisit de ne pas séjourner plus longtemps chez Jordane et de s'installer au village, chez la veuve Guillou, pour faire de meilleures affaires, et pour mieux observer ce qui se passe.
Il s'aperçoit vite que des gens ont intérêt à ce que Jordane disparaisse. Quand un jeune berger est blessé, quand des moutons sont égorgés, les villageois ne se posent pas de question, ils accusent de suite la jeune fille.
Alors, il cherche, attentif à ce qu'il voit, retenant ce qu'il entend. Puis il retourne s'installer chez Jordane Prigent. Il essaie de comprendre pour quelle raison son père, un bon père et un bon chrétien, ne revient pas de Saint Jacques de Compostelle.
Arrivera-t-il à sauver Jordane du bûcher ?
Ce roman fait suite à L'inconnu du donjon, dans la même collection, où apparaît Garin Trousseboeuf et qui se passe en 1354 dans le château de Montmuran, entre Dinan et Rennes. L'hiver des loups se passe à la même époque, quelque part en Bretagne. Garin, enfant, a été à l'Abbaye de Bégard (Côtes d'Armor). Les personnages portent des noms du cru : Jordane est une Prigent, l'oncle est un Macé. Je connais plein d'endroits qui pourraient être la campagne ou les bois décrits dans le roman. C'est par ces petites touches historiques qu'Evelyne Brisou-Pellen donne à ses romans un effet de réalité. Quand on est dans la lecture, les personnages et les lieux, les ambiances et les actions, les coutumes et les croyances, tout est vrai.
Toutefois, plus qu'un roman historique, c'est un roman à énigme, avec de l'aventure, du mystère, les ingrédients de la vie quotidienne. L'auteur maîtrise le récit jusqu'à la fin et prouve, une fois de plus, qu'elle sait raconter des histoires. Et dans un roman, on s'attend bien à trouver une histoire qui tienne debout !!!
C'est un roman envoûtant, peut-être à cause des loups... Il est donc possible qu'il détrône "La cour aux étoiles", autre roman de l'auteur, très lu dans les collèges, dont le fonds historique est le Moyen Age. .
Pour des lecteurs dès 11 ans .
Perso, j'ai beaucoup aimé...
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Vendredi, 12 Février 2010 11:35
Qu'est-ce que la vie ?
C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit.
C'est le souffle d'un bison en hiver.
C'est la petite ombre qui court dans l'herbe
et se perd au coucher du soleil.
Crowfoot, chef lackfeet

Mis à jour (Jeudi, 11 Février 2010 17:52) Écrit par Fany Jeudi, 11 Février 2010 17:43

Résumé: Violette vit seule, au fond de la forêt. Violette vit libre, une bouteille à la main. Elle connaît les plantes, les animaux, les lois de la nature. Les hommes la cherchent souvent, la trouvent aussi mais ne peuvent pas l'attraper. En tout cas pas plus que ça. Par-ci, par-là, au gré de ses promenades, sans contrainte, mais pas la peine d'essayer de la boucler dans un château, de la ligoter dans une robe et un corset, même si on l'aime et qu'on a les meilleures intentions du monde. Les femmes qu'elle fait cocues la haïssent et Violette rit, sa bouteille à la main. Parfois on cherche aussi vraiment à lui faire du mal, l'accusant de tous les vices et de tous les crimes. Mais Violette sait que, pour rester libre, il lui faudra souvent payer le prix fort.
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Lundi, 08 Février 2010 08:39

L’analyste nous fait entrer dans l’existence d’un psychanalyste dont la vie bien réglée à la limite de la monotonie, va être complètement bouleversée suite à une lettre anonyme – il va devoir comprendre et réagir rapidement, suspens garanti !… Attention, rien n’est acquis… !
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Samedi, 06 Février 2010 09:54

Je viens de lire cet ouvrage, j'ai pprécié la justesse de l'écriture, ce voyage dans les contrées sauvages du Canada, cette rencontre avec les Indiens...j'ai senti cette grande souffrance, celle de ces hommes et femmes, combien l'amour est puissant...
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mardi, 02 Février 2010 11:19

En forêt de Brocéliande, il existe une fontaine magique qui déclenche d'effroyables tempêtes lorsqu'on renverse son eau sur le perron qui l'entoure. A la cour du roi Arthur, Yvain, jeune chevalier fougueux, décide d'affronter Escalados le Roux, le seigneur qui protège cet endroit. Il s'y rend et blesse gravement son adversaire qui prend la fuite. Yvain le poursuit et se trouve pris au piège, pourchassé à son tour par les gens du château, désireux de venger leur maître. Comble de l'infortune, la jeune femme dont il tombe amoureux est Laudine, la veuve du chevalier vaincue !
Comment Yvain va-t-il se tirer de ce mauvais pas ? Heureusement, dans ses aventures, il pourra compter sur l'aide du Lunette, une demoiselle au service de Laudine, ainsi que sur la fidélité de son lion.
Sur cet écrit, ma fille devait dessiner des blasons pour les personnages... Voici:

Blason de Laudine

Blason de Lunette

Blason d'Yvain
Bien sûr, elle devait justifier du choix dans ses dessins!
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Samedi, 30 Janvier 2010 22:18
-la philosophie moderne ne connait plus l'intuition intellectuelle
-elle recherche l'originalité au lieu de la vérité
-elle met en avant le doute au lieu de la certitude
"Il faudrait pouvoir restituer au mot « philosophie » sa signification originelle : la philosophie —1'« amour de la sagesse » — est la science de tous les principes fondamentaux ; cette science opère avec l'intuition, qui « perçoit », et non avec la seule raison, qui « conclut ». Subjectivement parlant, l'essence de la philosophie est la certitude ; pour les modernes au contraire, l'essence de la philosophie est le doute : le philosophe est censé raisonner sans aucune prémisse, comme si cette condition n'était pas elle-même une idée préconçue ; c'est la contradiction classique de tout relativisme. On doute de tout, sauf du doute ( Pour Kant, l'intuition intellectuelle — dont il ne comprend pas le premier mot — est une manipulation frauduleuse (Erschleichung), ce qui jette un discrédit moral sur toute intellectualité authentique.)
La solution du problème de la connaissance — si problème il y a — ne saurait être ce suicide intellectuel qu'est la promotion du doute ; c'est au contraire le recours à une source de certitude qui transcende le mécanisme mental, et cette source — la seule qui soit — est le pur Intellect, ou l'Intelligence en soi. Le soi-disant « siècle des lumières » n'en soupçonnait pas l'existence ; tout ce que l'Intellect pouvait offrir — de Pythagore jusqu'aux scolastiques — n'était pour les encyclopédistes que dogmatisme naïf, voire « obscurantisme ». Fort paradoxalement, le culte de la raison a fini dans cet infra-rationalisme — ou dans cet « ésotérisme de la sottise » — qu'est l'existentialisme sous toutes ses formes ; c'est remplacer illusoirement l'intelligence par de l'« existence ».
D'aucuns ont cru pouvoir remplacer la prémisse de la pensée par cet élément arbitraire, empirique et tout subjectif qu'est la « personnalité » du penseur, ce qui est la destruction même de la notion de vérité ; autant renoncer à toute philosophie. Plus la pensée veut être « concrète », plus elle est perverse ; cela a commencé avec l'empirisme, premier pas vers le démantèlement de l'esprit ; on cherche l'originalité, et périsse la vérité.
Ce sont les sophistes, Protagoras en tête, qui sont les véritables précurseurs de la pensée moderne ; ce sont eux les « penseurs » proprement dits, en ce sens qu'ils se bornaient à ratiociner et ne se souciaient guère de « percevoir » et de rendre compte de ce qui « est ». Et c'est à tort qu'on a vu en Socrate, Platon et Aristote les pères du rationalisme, voire de la pensée moderne en général ; sans doute, ils raisonnent — Shankara et Râmânuja en font autant — mais ils n'ont jamais dit que le raisonnement est l'alpha et l'oméga de l'intelligence et de la vérité, ni à fortiori que nos expériences ou nos goûts déterminent la pensée et priment l'intuition intellectuelle et la logique.
Somme toute, la philosophie moderne est la codification d'une infirmité acquise."
F. Schuon : La transfiguration de l'homme.
http://eveilphilosophie.canalblog.com/
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Vendredi, 29 Janvier 2010 10:30

Le Roi des crapauds- image colorisée par mes soins -
L’ARCHAIQUE DANS LES CONTES
La pratique des cures par le rêve-éveillé permet d’accéder à ce que l’on nomme l’Archaïque, décrit par Mélanie Klein et l’école anglaise de psychanalyse avec Winnicott. Ainsi il devient possible d’explorer les couches de plus en plus profondes de la prégénitalité et de rendre compte du corpus complet des Contes de Perrault avec ses onze contes de Ma Mère l’Oye.
1. LES SOUHAITS RIDICULES traitent du problème de la castration : qui a le phallus dans un couple, l’homme ou la femme ? Blaise le vieux bûcheron, a reçu à la fin de sa vie l’accomplissement de ses trois premiers souhaits. Après avoir réfléchi et un peu bu, il souhaite inconsidérément une aune de boudin. Symboliquement, c’est ce phallus et de type anal qui lui manque. Fanchon sa femme, l’injurie, et le dévirilise en lui disant que «pour faire un tel souhait, il faut être bien bœuf » c’est-à-dire castré, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ce qui déclenche chez Blaise des désirs de meurtre et il se contente de souhaiter que le boudin pende au nez de sa femme, ce qui exauce son vœu secret de posséder le phallus et d’apparaître comme la femme phallique qu’elle est inconsciemment. Alors toute réflexion faite, il ne lui reste plus, au lieu de devenir roi, qu’à rendre à sa femme son ancien nez, ce qui se nomme dans le jeu de l’oie «retour à la case départ ». Il ne sert de rien de posséder le pouvoir, si l’on n’a pas la sagesse.
2. RIQUET A LA HOUPPE, en exposant le problème de l’oubli, est une vraie psychanalyse. La belle conscience est oublieuse et l’inconscient, si laid, a de l’esprit. Ceci, mis en image, donne l’histoire suivante. Une belle princesse qui a tout oublié, est si stupide qu’elle reste fixée au niveau de l’enfant qui ne sait pas encore manger proprement. Heureusement, elle connaissait la technique du rêve-éveillé «Dans le temps qu’elle se promenait, rêvant profondément, elle entendit...» en prêtant l’oreille, ce qui se passait par en dessous. L’horrible Riquet à la houppe (Riquet, diminutif d’Henriquet, le petit Henri) est le roi des gnomes sous terre, dans l’inconscient ; travaillent pour lui trente rôtisseurs qui préparent son repas de noces. Elle a, ce faisant, retrouvé sa moitié cachée, sa partie masculine, son animus. Riquet est très sexualisé avec son attribut phallique, sa houppe de cheveux dressés et les trente rôtisseurs ont une queue de renard sur l’oreille. Et, arrivant à vaincre l’oubli, la Princesse retrouve le souvenir de sa promesse de s’unir à sa moitié masculine. Alors l’échange se fait, le dessous donne son esprit à la beauté du dessus et le dessus donne sa beauté à l’esprit du dessous, comme dans une psychanalyse. Dès que se trouve le souvenir perdu, la jonction se fait entre le conscient et l’inconscient, le féminin et le masculin, la beauté et l’esprit.
3. PEAU D’ANE est au-delà de l’Oedipe car ce conte traite de l’inceste dans sa liaison avec l’analité. Un Roi solaire a promis à la mort de sa femme de n’épouser que plus belle qu’elle. Et il ne la trouve que dans leur fille. L’infante est conseillée par sa marraine la Fée (son Surmoi). Elle lui fait demander à son père le sacrifice d’une robe azur couleur du Temps, puis de la lumière de la lune et enfin du soleil. Le Roi, « qui l’aimait d’un amour sans pareil » y parvient et accède même à sa dernière demande d’avoir la peau de l’âne Cacauro, qui fait des écus d’or, car la source de la richesse de sa famille vient de l’analité, de cette analité qui a fait les commerçants et les banquiers de la bourgeoisie. La Princesse épouvantée fuit alors et régresse à l’analité car le barrage de l’Œdipe n’a pas été franchi. Elle devient fille de ferme, un souillon nettoyant l’Auge aux cochons, dans la merde, le visage couvert de vilaine crasse, pleine d’ordure. Mais tous les dimanches matin elle revêt ses robes de lumière et le fils du roi voisin met l’œil au trou de la serrure et voit « la bête la plus laide qu’on puisse voir après le loup », et elle a vu qu’il l’avait vue. On ne peut pas être plus crû dans le voyeurisme. Lui aussi est le fils d’une mère qui l’aimait tant qu’il aurait eu de l’or s’il avait voulu en manger. Elle lui envoie sa bague, c’est-à-dire son sexe à remplir. Par l’amour mutuel, ils échappent à la fixation œdipienne, à l’analité et au voyeurisme partagé.
4. CENDRILLON expose aussi la régression nécessaire à l’analité pour se délivrer de la mauvaise mère. Face à la division de la mère en deux (la bonne morte et la mauvaise marâtre) la fille d’un gentilhomme doit se rouler dans la cendre de sa mère. Elle en perd sa féminité et devient « un vilain cucendron ». Elle en sort par la génitalité. La pantoufle de verre est celle qui laisse voir le pied qui est dedans ; elle aussi laisse au Prince son sexe à remplir. Et lorsque est retrouvé le pied pour cette chaussure, l’analité répand ses richesses. Marian Roalfe Cox a étudié 345 versions de Cendrillon. Dans la version de Basile, Cucendron tue sa première marâtre et l’on comprend mieux que si elle supporte toutes ces saletés et ces humiliations, c’est qu’elle les recherche pour expier son désir du père et sa volonté de tuer la mère. Le thème du pied fait à la coutume des petits pieds des nobles femmes chinoises, car la pantoufle de verre est aussi serrée que le vagin d’une vierge et les prétendantes se mutilent leur pied pour essayer d’y entrer.
5. GR1SELIDIS traite de la misogynie, la haine inconsciente des femmes, et essaie de montrer comment la racine s’en trouve dans le sado-masochisme anal. Dans la plaine du Pô, s’échappant de dessous ses roseaux, le marquis de Salusses a de sa mère l’image « d’un cruel ennemi » aussi est-il un chasseur sadique-anal. Il n’accepterait qu’une femme qui n’aurait « d’autre volonté que la mienne ». Et justement, il la rencontre dans la forêt, sous forme d’une jeune bergère, Grisélidis, la fille-nature œdipienne qui vit avec son père. Il régresse à l’avidité orale, buvant avec la bouche comme un animal. Elle est masochiste et d’un total attachement. Pour se convaincre qu’une femme peut l’aimer, il lui impose sans cesse des épreuves, la dépouille de ses bijoux, lui enlève sa fille et lui dit qu’elle est morte. Quand leur fille a quinze ans, il renvoie sa femme à sa pauvreté de la forêt en lui disant qu’il va épouser cette jeune fille. L’Oedipe qui n’a pu se faire sur la mère du marquis se reporte automatiquement sur la fille. Heureusement vaincu par l’amour total et absolu de Grisélidis qui accepte tout, il renonce à l’inceste, à la chasse cruelle et à sa défiance envers les femmes. Il est guéri de sa misogynie.
6. LES FEES est un récit si court que ce ne doit être qu’un passage d’un conte plus long. Il se situe en pleine oralité et semble dire que ce serait plus sûr si les bonnes paroles étaient authentifiées par la sortie de la bouche de fleurs et de pierres précieuses et les mauvaises paroles par celles des serpents et de crapauds. A travers cette simple métaphore, apparaît la conviction pour l’enfant que tout ce qui sort de son corps est précieux.
7. LA BELLE AU BOIS DORMANT unit deux histoires. La première enseigne que la fille pubère de quinze ans ne doit point, lorsque les parents ne sont pas là, jouer avec son fuseau (que-nouille). Cela endormirait sa génitalité et le Prince Charmant devrait attendre très longtemps (un temps qui semble durer un siècle) avant que s’écartent les ronces, les épines et les défenses de la vierge, pour que son corps puisse enfin se livrer à l’amour.
La seconde indique au fils qu’il doit sacrifier sa mère à la nouvelle famille et la faire dévorer par sa propre agressivité orale (crapauds et vipères) sinon cette ogresse mangera ses petits-enfants (car le premier amour est de type oral cannibale).
8. LE CHAT BOTTE expose une cure où, pour conjurer la castration, il a fallu régresser jusqu’au sadisme oral. C’est une histoire d’hommes : un benjamin a été féminisé par son père. Dans l’héritage le mauvais père a donné le moulin à l’aîné, l’âne au second, et un petit chat ou châs, au dernier. Mais dès qu’il lui fait faire des bottes (dès qu’il peut avoir des érections) il est rassuré sur sa virilité et devient un Maître chat rephallisé. Cela fait surgir l’agressivité orale dans la chasse cruelle, pour faire des cadeaux au roi. Puis il doit régresser jusqu’au niveau utérin en se jetant nu dans l’eau de la mère, le lac. Alors, grâce aux ruses du chat, il peut affronter l’agressivité orale de l’Ogre, le terrible père castrateur qui accepte de se changer en lion puis en souris, vite avalée par le chat. Le marquis de Carabas reçoit alors l’héritage du bon père (le roi), de grands biens et une femme passive. Le chat, devenu grand seigneur, ne courut après les souris que pour se divertir.
9. LA BARBE BLEUE enseigne que nul n’est parfait et qu’il ne faut pas surprendre le secret de l’inconscient de l’homme car derrière l’amour se trouve le sadisme et la soif du sang qui couvre le sol. L’on risque d’en être contaminé comme la clé, tachée de sang pour toujours, et à jouer avec cela, on brave la mort avec le sérial-killer. C’est l’amour des frères qui sauve du sadisme et non l’homophilie avec sa sœur Anne. Perrault n’a pas repris la scène du déshabillage qui indique que le voyeurisme-exhibitionnisme entraîne le sadisme. Mais il parle toujours de la Barbe Bleue, par cette féminisation ne s’agit-il pas de la femme à barbe, la mère phallique agressive, le loup dévorant la grand-mère du petit Chaperon Rouge ?
10. LE PETIT POUCET ne peut lutter contre le sadisme oral qu’en régressant à travers l’analité jusqu’au cannibalisme primitif. Pourquoi les parents que l’on aime et dont on a besoin, vous font-ils du mal et veulent-ils votre mort ? Etre abandonné est incompréhensible pour un enfant. Les marques, jalons et repères (re-père) s’effacent comme les cailloux en miettes de pain. Alors les enfants tombent dans l’analité, les voilà « tout crottés et couverts de crotte ». Allant plus profond, derrière les parents infanticides ils trouvent l’Ogre, le sadisme-oral dévorateur (Kronos et Ouranos). Ce sadisme oral peut se transmettre aux enfants (les sept petites ogresses). Poucet le retourne en intervertissant les couronnes des filles et les bonnets des garçons et les fait s’entre-dévorer, l’Ogre mangeant ses propres filles. Et il accède enfin à la virilité en dérobant les bottes (phallisation) du père-ogre-dévorateur. Il reçoit alors les richesses de l’agressivité orale et de l’analité, mais pas la génitalité avec la fille du roi. C’est le seul cas qui montre qu’il s’agit encore d’une cure d’enfant qui n’est pas achevée.
11. LE PETIT CHAPERON ROUGE nous mène aux limites de la régression dans le sadisme oral féminin. Et il pose le problème universel des mères célibataires qui veulent se passer des hommes. Chez des mères célibataires, il y a trois générations de femmes. La mère et la grand-mère sont folles de leur fille et la traitent en garçon-phallus à tête rouge, le chaperon rouge du gland décalotté. Le masculin est vu par elles trois comme un loup dévorant. Chez la grand-mère se trouve le masculin, l’animus de son père, qui dévore les petites filles. Le cannibalisme dévorera le sang (petit pot de beurre) et la chair (la galette). L’origine de ce sacrifice se trouve dans la découverte de la différence des sexes. « Le petit Chaperon rouge se déshabille et va se mettre au lit, elle fut bien étonnée de voir (le loup) comment sa mère-grand était faite en son déshabillé ». Le voyeurisme-exhibitionnisme précoce engendre chez l’enfant la conviction que l’acte sexuel est une dévoration. Nous sommes parvenus là à la limite de la régression, l’Oedipe prégénital oral décrit par la psychanalyste Mélanie Klein. Le petit chaperon sur le mode oral a accompli l’inceste originaire par la dévoration unifiante. Il n’y a aucun remède ; c’est le seul exemple de cure ratée de ce corpus.
Ou alors laissant surgir la pulsion de fécondité, elle aurait découvert combien cette haine féminine de l’homme est stérile. Emplissant de pierres le ventre de l’animal, il serait tombé raide mort, comme le choisissent certaines des trente-cinq versions comparées par Paul Delarue, et comme l’analyse Erich Fromm (Le langage oublié, p. 192). Dans d’autres on fait appel au chasseur (enfin un homme) qui ouvre le ventre du loup et en sort le petit chaperon rouge et sa mère-grand qui n’ont pas eu le temps d’en mourir. Mais pourquoi LA barbe bleue et LE petit chaperon rouge ?
La mère phallique est cet objet fascinant primitif dont les contes proposent de nous délivrer. Chaque culture lui donne son nom : Kali au Indes, Rangda à Bali, Coathicue au Mexique ... Les contes russes étudiés par Propp la nomment Baba Yaga, c’est une sorcière avec une jambe en os (phallus), au nez poussé vers le plafond (en érection) qui habite une chaumière sans fenêtres ni portes, dans la forêt, ronde, sur des pattes de poule et qui tourne (utérus qui vous enferme).
Trouvé ici: http://www.europsy.org/marc-alain/contedefee.html
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Vendredi, 25 Décembre 2009 17:57

Charles PERRAULT
Il était une fois une veuve qui avait deux filles ; l'aînée lui ressemblait si fort et d'humeur et de visage, que qui la voyait, voyait la mère. Elles étaient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses qu'on ne pouvait vivre avec elles. La cadette, qui était le vrai portrait de son Père pour la douceur et pour l'honnêteté, était avec cela une des plus belles filles qu'on eût su voir. Comme on aime naturellement son semblable, cette mère était folle de sa fille aînée, et en même temps avait une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine et travailler sans cesse.
Il fallait entre autres choses que cette pauvre enfant allât deux fois le jour puiser de l'eau à une grande demi lieue du logis, et qu'elle en rapportât plein une grande cruche. Un jour qu'elle était à cette fontaine, il vint à elle une pauvre femme qui la pria de lui donner à boire.
- Oui-dà, ma bonne mère, dit cette belle fille ; et rinçant aussitôt sa cruche, elle puisa de l'eau au plus bel endroit de la fontaine, et la lui présenta, soutenant toujours la cruche afin qu'elle bût plus aisément. La bonne femme, ayant bu, lui dit :
- Vous êtes si belle, si bonne, et si honnête, que je ne puis m'empêcher de vous faire un don (car c'était une Fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où irait l'honnêteté de cette jeune fille). Je vous donne pour don, poursuivit la Fée, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une Fleur, ou une Pierre précieuse.
Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mère la gronda de revenir si tard de la fontaine.
- Je vous demande pardon, ma mère, dit cette pauvre fille, d'avoir tardé si longtemps ; et en disant ces mots, il lui sortit de la bouche deux Roses, deux Perles, et deux gros Diamants.
- Que vois-je ? dit sa mère tout étonnée ; je crois qu'il lui sort de la bouche des Perles et des Diamants ; d'où vient cela, ma fille ?
(Ce fut là la première fois qu'elle l'appela sa fille.) La pauvre enfant lui raconta naïvement tout ce qui lui était arrivé, non sans jeter une infinité de Diamants.
- Vraiment, dit la mère, il faut que j'y envoie ma fille ; tenez, Fanchon, voyez ce qui sort de la bouche de votre soeur quand elle parle ; ne seriez-vous pas bien aise d'avoir le même don ? Vous n'avez qu'à aller puiser de l'eau à la fontaine, et quand une pauvre femme vous demandera à boire, lui en donner bien honnêtement. Il me ferait beau voir, répondit la brutale, aller à la fontaine. Je veux que vous y alliez, reprit la mère, et tout à l'heure.
Elle y alla, mais toujours en grondant. Elle prit le plus beau Flacon d'argent qui fût dans le logis. Elle ne fut pas plus tôt arrivée à la fontaine qu'elle vit sortir du bois une Dame magnifiquement vêtue qui vint lui demander à boire :
c'était la même Fée qui avait apparu à sa soeur mais qui avait pris l'air et les habits d'une Princesse, pour voir jusqu'où irait la malhonnêteté de cette fille.
- Est-ce que je suis ici venue, lui dit cette brutale orgueilleuse, pour vous donner à boire, justement j'ai apporté un Flacon d'argent tout exprès pour donner à boire à Madame !
J'en suis d'avis, buvez à même si vous voulez.
- Vous n'êtes guère honnête, reprit la Fée, sans se mettre en colère ; hé bien ! puisque vous êtes si peu obligeante, je vous donne pour don qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou un serpent ou un crapaud.
D'abord que sa mère l'aperçut, elle lui cria :
- Hé bien, ma fille !
- Hé bien, ma mère ! lui répondit la brutale, en jetant deux vipères, et deux crapauds.
- ô Ciel ! s'écria la mère, que vois-je là ? C'est sa soeur qui en est cause, elle me le payera ;
et aussitôt elle courut pour la battre. La pauvre enfant s'enfuit, et alla se sauver dans la Forêt prochaine.
Le fils du Roi qui revenait de la chasse la rencontra et la voyant si belle, lui demanda ce qu'elle faisait là toute seule et ce qu'elle avait à pleurer. Hélas ! Monsieur c'est ma mère qui m'a chassée du logis. Le fils du Roi, qui vit sortir de sa bouche cinq ou six Perles, et autant de Diamants, la pria de lui dire d'où cela lui venait. Elle lui conta toute son aventure. Le fils du Roi en devint amoureux, et considérant qu'un tel don valait mieux que tout ce qu'on pouvait donner en mariage à un autre, l'emmena au Palais du Roi son père où il l'épousa. Pour sa soeur elle se fit tant haïr que sa propre mère la chassa de chez elle ; et la malheureuse, après avoir bien couru sans trouver personne qui voulût la recevoir alla mourir au coin d'un bois.
Autre Moralité
L'honnêteté coûte des soins,
Elle veut un peu de complaisance,
Mais tôt ou tard elle a sa récompense,
Et souvent dans le temps qu'on y pense le moins …
Mis à jour (Mardi, 30 Novembre 1999 01:00) Écrit par Fany Mercredi, 16 Décembre 2009 09:27
De mon petit livre des plaisirs… par Dominique Mainard

Vivre avec un chat, c’est apprendre le bonheur d’être libre : voleur de poubelles, éventreur de canapés, assassin de canaris, un chat ne s’interdit rien et se moque du risque de la disgrâce. C’est aussi qui l’on est, et ne pas l’oublier :même gras, l’intérieur de l’oreille marqué d’un tatouage inesthétique qui le prive d’une partie de son mystère, squatteur de fauteuils, gourmand et paresseux, un chat reste un chat, une petite âme belle et indomptable. C’est une leçon de vie.

Un chat est aussi une bouillotte, un anxiolytique, un pitre élégant, un bonheur pour l’œil et pour la main. Un chat a plus d’imagination que le plus doué des écrivains. Ce qu’il regarde, vous ne verrez jamais, et c’est le plaisir ultime de sa présence : entrer dans ce monde dont vous ne saurez jamais rien, si ce n’est qu’il existe, là, dans cette petite tête ronde et ces yeux lunaires.

Mis à jour (Mardi, 01 Décembre 2009 08:16) Écrit par Fany Mardi, 01 Décembre 2009 08:02